Fin de semaine

Le reste de la semaine aura été à peu près comme mardi ; intense comme toujours mais plutôt bien, avec moins de difficultés à gérer avec la classe.

Etrange, j'ai de plus en plus de facilités avec la classe verte, et plus de difficultés avec la classe jaune, alors que c'était l'inverse au tout début !

Petit moment "je parle anglais" jeudi, lorsqu'une de mes élèves, Isla, vient me voir en pleurant à la récréation. On s'assoit et on discute un moment. Je lui explique que je suis en dehors de la classe et que donc je vais parler anglais car je vois qu'elle n'est pas bien du tout et qu'elle a besoin de parler.

Elle refuse au début en me disant qu'elle est trop gênée. Au final son amie à côté l'aide un peu. Des petites histoires, du fait qu'apparemment un des garçons de la classe voulait forcer une camarade à dire qu'Isla était amoureuse d'un autre garçon de la classe. Ca l'aurait beaucoup gênée et elle ajoute qu'elle n'a pas d'amis et que le peu qu'elle a doivent maintenant la trouver bizarre.

J'ai beaucoup de mal à la calmer et la récréation est terminée. Elle doit retourner en classe anglaise.

Fin de la journée, je discute avec Ann-Marie de la petite Isla. Les commentaires "je n'ai pas d'amis" m'ont dérangés, tout autant que le fait qu'elle me dise qu'Ikaika ait menacé son amie de la frapper si elle ne disait pas la fameuse phrase.

Je tombe de haut quand je vois sa réaction...

Nous avons toujours été en phase jusque là, et là je la trouve énervée au possible que cette enfant ait fait "tout un drame", tout l'après-midi, de ce qui n'est "absolument rien".

Elle n'en démord pas ; "elle n'a rien fait de l'après-midi, j'ai essayé de lui parler au début ça ne l'a pas calmé, elle est venue te voir toi et elle a continué après la récréation. Ca m'énerve tellement !".

Bien bien, nous n'avons donc pas la même vision des choses... Il est clair que la bagarre de départ peut paraître broutille, mais pas franchement pour une enfant de 7 ans...!
Je saurai à quoi m'attendre à ce niveau-là !

En cette fin de semaine, c'est Paxton qui se réveille enfin. Enfin il se met au travail, enfin il écrit un mot sur son cahier, enfin il lève le nez quand on fait des activités ensemble. Enfin ! Je m'empresse d'envoyer un mail à sa mère, qui me répond "mais vous verrez, c'est un garçon gentil !"
Mais je n'ai pas dit le contraire !

Vendredi soir, je quitte l'école assez tôt et je file à la maison. Ce soir Charlène, Zoé et un groupe de garçons qu'on a rencontré ici (des français qui sont là depuis quelques années et qui travaillent dans les mêmes environs/la même école que Zoé) viennent à la maison. Une sorte de "pendaison de crémaillère".

On s'installe dehors, on discute, on apprend à se connaître, on rigole. Zoé rigole un peu trop fort à un moment, une voisine sort la tête et commence à nous engueuler comme quoi il est assez tard comme ça. Nous rentrons toutes les affaires et fermons la baie vitrée. Je regarde l'heure : 11h10. Bien, je sais à quoi m'attendre là aussi !

Ils partent peu de temps après, moi je suis bien contente d'être chez moi pour me glisser vite dans mon lit.

Samedi, réveil plus tardif du coup. Je finis de ranger un peu et Nathalie Lainé m'appelle. Nathalie travaille à la DSDEN de la Savoie, et a fait le lien entre nous et tout le programme Jules Verne, nous accompagnant tout au long des démarches.

Elle a bien sûr plein de questions sur comment se déroule nos expériences aux Etats-Unis. Je tente de lui raconter un peu tout ça, de partager ce que j'ai vécu ces premières semaines.

On discute aussi un peu des dernières "nouvelles".

En effet, il y a de ça quelques jours, nous avons décidé (toutes les françaises nouvellement arrivées), de faire un courrier pour se rappeler au bon souvenir de la France et demander la parution de cette fichue circulaire.

Circulaire qui, je le rappelle, décrit en détails comment nous sommes remboursés de quels frais, et comment sont nos conditions à notre retour (récupère-t-on notre poste ou non ?).

Nous avons donc longuement expliqué pourquoi nous attendions cette circulaire avec tant d'impatience, rappelant tout de même que nous avons saisi une belle opportunité certes, mais que nous avons aussi accepté pour cela de chambouler nos vies dans un temps court, un stress et pour un coût assez démesurés.

Le même jour de l'envoi, mail reçu de Nathalie pour nous dire qu'elle a réussi à nous dégoter 1200 euros chacune mais que la circulaire ne paraîtra jamais.

Lorsque j'ai lu le mail, j'ai vu rouge...

Je lui explique un peu au téléphone, en mettant les formes. Je lui explique que je suis très reconnaissante de tout ce qu'elle fait pour nous, et que oui, 1200 euros c'est déjà énorme...

Mais le mail "sortez le champagne" est un peu fort de café quand on sait que la circulaire de l'an dernier prévoyait un remboursement de deux billets aller retour + les frais de visa + l'aller retour à Paris pour le visa + un excédent de bagage. Ce qui nous donne environ mille euros de plus que les fameux 1200 qu'on nous présente comme étant la plus grande chance de notre vie.

Bref, un peu colère à la première lecture, j'ai heureusement eu le temps de redescendre ensuite et de voir le bon côté des choses : c'est déjà ça.

Mais je lui explique quand même mon point de vue, je lui raconte un peu le coût de la vie aux Etats-Unis. Le fait qu'il m'ait fallu emprunter de l'argent pour arriver à tout faire. Elle réalise tout à coup et me dit qu'effectivement il faut aider davantage, qu'elle aimerait bien pouvoir faire quelque chose.

Maiiiiis... en France, il y a le dieu Education Nationale, intouchable, que personne ne voit jamais, que personne ne connaît, qui dicte ses lois sans que personne ne puisse rien y faire, sans que personne ne puisse lui parler directement. Elle me dit que notre courrier envoyé à la rectrice restera sûrement sans réponse car elle ne doit probablement pas avoir la main non plus.

Personne ne sait rien, personne ne peut rien.

On aura essayé, on verra si on a une réponse !

Elle me dit par contre qu'on sera bien prioritaires sur nos postes à notre retour si on rentre au bout d'un an. Là aussi je lui explique et elle comprend bien : sans écrit, on risque quand même de se faire couillonner au dernier moment. Sans écrit, rien de promis, tout peut changer.

Bref, j'aurais au moins eu le mérite de lui faire comprendre un petit peu notre point de vue des choses aussi !

Reste de la journée à traîner un peu, rattraper le retard dans les mails de l'école, et surtout faire du tri dans tous les documents qu'Anna m'a aussi laissé sur clé USB (et c'est pas fini...!).

Ce soir, envie de me faire un film. Je propose aux filles de me rejoindre, du coup Charlène rapplique et on regarde ensemble Green Book avec deux cuillères de sorbet citron. Quel beau film !

Elle repart et moi je file me coucher. Rendez-vous demain matin encore avec Zoé et Charlène ; nous voulions aller manger des pancakes depuis notre arrivée, ce sera donc demain 10h30 !

Commentaires

  1. Comme on dit : "les promesses n'engagent que ceux qui y croient !" Tu as bien raison de demander un écrit.
    Et pour le file "Green Book" on a adoré aussi avec papa. Je le conseille à tout le monde !

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    1. Tout à fait !!
      Et oui, vraiment un très bon film ! Belle histoire !

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